LE COVID 19 IMPACTE SUR LES INVESTISSEMENTS PRIVES ET PUBLICS AU TCHAD

presentation du DG de l'ANIE au conseil

LE COVID 19 IMPACTE SUR LES INVESTISSEMENTS PRIVES ET PUBLICS AU TCHAD

18 août 2020

Lors de la deuxième session ordinaire du Conseil Economique Social et Culturel (CESC), le Directeur Général de l’ANIE OUSMAN MAHAMAT NOUR ELIMI a fait une présentation le 13 août 2020 sur le thème : ‘’Impact de la pandémie sur les investissements privés et dans la perspective des réformes envisagées pour le développement du secteur’’. Cette session  du CESC qui s’est déroulée du 05 au 19 août 2020 à N’Djaména est placée sous le thème d’actualité : « LA RELANCE DE L’ECONOMIE TCHADIENNE POST-CIVID 19 ».

 

‘’Depuis l’instauration des mesures barrières, le Tchad perd par mois 219.6 millions de francs CFA dans le secteur du transport urbain et interurbain.’’

Après avoir rappelé que le premier cas de COVID-19 a été confirmé au Tchad le 19 mars 2020, dans la 12eme semaine épidémiologique, le Directeur Général de l’ANIE a indiqué que les mesures barrières et d'atténuation prises par le gouvernement ont eu des conséquences importantes sur la production et la demande des biens et services, les activités commerciales et le bien-être des populations.  Pour illustrer ses propos, Monsieur OUSMAN MAHAMAT NOUR ELIMI a annoncé que depuis l’instauration des mesures barrières, le Tchad perd par mois 219.6 millions de francs CFA dans le secteur du transport urbain et interurbain selon l’Etude d’impact socio-économique de la Covid 19 au Tchad,  juin 2020. Plus de 6.2 milliards de francs CFA dans le secteur de l’hôtellerie, de restauration et des bars, et 74.6 milliards de francs CFA de manque à gagner dans le secteur du commerce.

Toutes ces situations font dire au Directeur Général de l’ANIE que l’avenir à court, moyen et long terme étant empreint de pessimisme, les investissements privés et publics vont baisser.

Quelques enseignements…

L’exposant en a tiré quelques enseignements  dont celui relatif à l’offre de biens et services. Pour lui, des impacts négatifs sont attendus sur la quantité et la qualité du facteur travail. ‘’Comme il existe une relation positive entre le travail et la production, tout choc négatif sur la quantité de travail va se traduire en perte de production’’, a mentionné le Directeur Général de l’ANIE qui ajoute que les secteurs du tourisme, de la culture, du commerce (restaurants et hôtels) et du transport sont autant impactés  que le secteur informel.

Du côté de la demande de biens et services, il est potentiellement attendu (selon les données économiques de l`étude d`impact socio-économique de la COVID-19 au Tchad de juin 2020) : une baisse de la consommation des ménages ; une baisse des investissement privés, l’avenir étant empreint de pessimisme, et des crédits à l’économie, notamment au secteur privé ; une réorganisation du budget de l’Etat ;  la baisse des dépenses d’investissement public au profit surtout des dépenses de santé directement liées au Covid-19 ; le creusement du déficit budgétaire ; et  un ralentissement du commerce extérieur, dû à la baisse des prix des principaux produits d’exportation couplée à la fermeture des frontières des pays importateurs.

 

La chute du prix du pétrole devrait faire baisser les recettes de l’or noir de 40 % en 2020 et de 56 % en 2021…

 

Poursuivant son intervention, le DG OUSMAN MAHAMAT NOUR ELIMI a annoncé que les simulations intégrant les effets de cette pandémie montrent que la croissance du PIB réel projetée à 6,9 % en 2020 dont 27,5% pour le secteur pétrolier et 6,2% pour le secteur hors pétrole, baisserait a -0,4% en raison du ralentissement des activités pétrolières (3,2%) et aussi du secteur non pétrolier (-1,3 %).  Le taux d’inflation en moyenne annuelle s’est établi à -1 % en 2019 (INSEED, 2019) et s’établirait à 3,57% après la pandémie de COVID-19. Il a prévenu que la chute du prix du pétrole devrait faire baisser les recettes pétrolières de 40 % en 2020 et de 56 % en 2021. Les exportations de pétrole devraient chuter de près de 50 % en 2020 et les exportations totales de 34 % sur la demande mondiale. Les importations totales ne s'ajusteront pas dans les mêmes proportions, mais diminueront plutôt de 2,3 %. Quant à la balance épargne-investissement du Tchad, elle se détériorera et le déficit du compte courant (CAD) se creusera pour atteindre 13,9%. Monsieur OUSMAN MAHAMAT NOUR ELIMI a annoncé par la même occasion une baisse de plus de  50 % de la production de la gomme arabique ( 7 000 tonnes au lieu de la moyenne de 15 000 tonnes), Rongead, juin 2020, une baisse de la demande internationale du sésame entrainant une chute record des prix depuis 5 ans au niveau national (385 F CFA le kg contre 550 F en 2019)

 

Des mesures de soutien à la relance de l’économie…

Le Directeur Général de l’ANIE a suggéré  quelques mesures pour faire face à la situation. Compte tenu du niveau relativement élevé d’endettement et de l’accroissement des déficits des finances publiques, une forte mobilisation de l’investissement privé doit accompagner la restructuration de la dette en cours pour relancer l’économie du Tchad à l’instar de la plupart des pays sub-sahariens. Pour OUSMAN MAHAMAT NOUR ELIMI, Cet élément est fondamental pour pallier le peu de marge de manœuvre au niveau des comptes publics à court terme. Il propose  d’orienter un transfert de dépendance de la croissance par l’investissement public en faveur de la croissance par l’investissement privé. Pour lui, Cette nouvelle approche permettra de déconcentrer le risque « pays » à la seule santé de l’environnement macroéconomique, de diversifier les leviers de relance de la croissance, et de réorienter le modèle de développement de l’économie du Tchad de manière à induire une réelle transformation structurelle dans l’ère post-COVID-19.

‘’Le Tchad peut attirer plus d'investissements en diversifiant son économie et atteindre les objectifs du développement durable", a indiqué le DG qui cite la CNUCED (EPI Tchad, 2019). Cependant, l'économie tchadienne reste très dépendante de l'industrie pétrolière, qui reçoit l'essentiel des flux d'investissements directs étrangers (IDE). Toutefois, d'autres secteurs pourraient bénéficier de ces investissements et aider le pays à réaliser des progrès importants sur la voie d'un développement inclusif et durable.  Pour ce faire, le Tchad, selon le Directeur Général de l’ANIE, devra faire preuve de plus de créativité dans les choix de réforme et les dirigeants devront, pour beaucoup, opérer à un changement de mentalité et de paradigme pour lever les contraintes à la croissance par le canal de l’investissement privé.

Avant de terminer son intervention, le Directeur Général de l’ANIE OUSMAN MAHAMAT NOUR ELIMI a fait comprendre aux Conseillers que les économies sont de plus en plus nombreuses à répondre au défi des réformes.  Ces réformes doivent cependant inciter les acteurs prédominants à investir dans la modernisation de leurs outils de production pour stimuler la croissance. Il est aussi important que ces réformes incitent les entreprises locales à investir dans les secteurs qui observeront un retrait d’intention de la part d’investisseurs étrangers et locaux traditionnels.